Chiens excités, ingérables ? Comment se servir des autocontrôles pour les canaliser.

Chiens excités, ingérables ? Comment se servir des autocontrôles pour les canaliser.

3 août 2020 3 Par Un monde d'amis
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Si vous avez un chien qui s’excite voir même s’énerve quand :

  • il voit la laisse
  • il entend le mot balade
  • vous recevez des amis
  • il est dans la voiture
  • il veut quelque chose
  • vous jouez

Bref si votre chien est une pile électrique, ou monté sur ressort et que vous n’en pouvez plus, on vous a certainement déjà dit de travailler les autocontrôles.

Les autocontrôles qu’est-ce que c’est ?

Comme son nom l’indique l’auto contrôle c’est lorsque le chien se contrôle lui-même, donc sans intervention de son humain. Autrement dit, c’est la capacité du chien à se maîtriser notamment dans des situations où il a naturellement tendance à foncer/sauter, aboyer… sans réfléchir.

Exemple : j’ouvre la porte, mon chien ne se précipite pas dehors.
J’ai demandé à mon chien de s’asseoir et… même si les enfants courent, si je lance un jouet, le chien restera assis sans que j’aie besoin de répéter, dire pas bouger, élever la voix…

En clair, il contrôle son impulsivité, il ne se précipite pas sur la première chose qui se présente. 

Je connais bien des maîtres qui en rêvent sans jamais y parvenir !

Si vous travaillez les autocontrôles convenablement, votre chien va radicalement changer.

Imaginez : vous ouvrez la portière, votre chien reste dans la voiture et attend sagement, même s’il y a un chien sur le trottoir d’en face ou un chat qui traverse la rue. 

Vous vous préparez pour sortir et votre chien attend patiemment que vous mettiez vos chaussures et preniez vos clés. 

Des amis viennent dîner, votre chien reste dans son panier jusqu’à ce que vous l’autorisiez à venir les saluer, dans le calme.

Vous pensez que ce n’est pas possible avec votre chien ? Détrompez-vous, tous les chiens peuvent y arriver, à condition que leur maître sache le leur enseigner.

Mon propre chien Wali adore courir après les chats. Ceux de la maison il n’y a aucun problème, il les laisse tranquille, mais en balade… Il m’a faussé compagnie de nombreuses fois pour courser un chat que j’avais vu trop tard.

 Il m’a fallu beaucoup de travail, notamment sur les autocontrôles pour qu’aujourd’hui, sans aucune intervention de ma part, il s’arrête quand il aperçoit un chat, la plupart du temps !!! (Oui mon chien n’est pas ni parfait ni un robot !)

Mais alors, comment obtenir de son chien qu’il se maîtrise ?

L’erreur courante

Très souvent, pour travailler cette compétence, à se contenir, à réfléchir avant d’agir, on utilise la punition négative qui consiste à retirer ce que veut le chien. Qu’est-ce que cela veut dire. Rien ne vaut un exemple pour vous faire comprendre ce dont je parle.

Exemple : votre chien a faim, il veut manger, vous préparez sa gamelle et il gémit, trépigne, saute sur le plan de travail…  

Dans un cas comme celui-ci, il est souvent conseillé de cesser de s’occuper de la gamelle, et de faire tout autre chose, pour punir le chien qui s’excite.

Vous allez pour lui donner sa gamelle et votre chien vous saute dessus, vous bouscule ou se jette sur sa pitance sans attendre que vous ayez posé la gamelle au sol.

En général, on vous conseillera de descendre la gamelle et de la relever si le chien vous saute dessus ou fait mine de se précipiter.

Le but est clairement de punir le mauvais comportement (se précipiter/sauter) en empêchant le chien d’accéder à sa nourriture.

Sauf que, punir un comportement (même par retrait de ce que veut le chien) c’est quand même punir. Or si vous lisez ce blog, c’est certainement que vous cherchez des alternatives à la punition. Vous voulez une relation sans faille avec votre chien.

Sans parler du fait que punir a toujours des effets négatifs :

  • Punir provoque une démotivation : quand on veut apprendre des choses à son chien, il est préférable qu’il ait envie de travailler avec nous et que les sessions d’apprentissages soient fun et non une série de punitions.
  • Punir engendre des « émotions » désagréables telles que la frustration, et la perplexité. Or quand quelque chose est appris sous le coup d’une émotion négative, à chaque fois que vous replacerez le chien dans cette situation, il se rappellera les émotions ressenties précédemment. Impossible dès lors qu’il aime l’exercice. Et s’il ne l’aime pas, il ne peut pas être fiable.
  • Le chien finit parfois par être perdu, se méfier : j’ai rencontré des chiens qui ne savaient plus quand ils avaient le droit de manger… C’est dommage, il me semble. D’autant que, si le chien est perdu cela signifie que l’apprentissage manque de clarté pour l’élève.
  • Punir n’apprend pas au chien le comportement attendu : admettons que le chien saute sur vous au moment de la gamelle, si vous avez de la chance il va cesser et attendre. Mais peut-on éduquer un chien en s’en remettant à la chance ? Je ne le crois pas. D’ailleurs certains chiens vont mordre votre chaussure ou votre bas de pantalon. Que ferez vous alors ? Vous attendrez toujours patiemment qu’il se calme. Et s’il n’y parvenait pas. Un élève frustré est peu apte à réfléchir.  D’ailleurs j’ai fait une vidéo dans laquelle j’explique pourquoi ignorer un mauvais comportement n’est pas une bonne idée. Vous pouvez la visionner ici.
  • Punir, abîme votre relation. Vous devenez le rabat joie de votre chien. Or, plus vous êtes le pourvoyeur des choses qu’il aime plus il aura envie d’être avec vous et de faire des choses en votre compagnie. Si vous l’en privez arbitrairement, il risque de chercher ailleurs le moyen de satisfaire ses envies.
  • Pour certains chiens sensibles c’est même inhibant. Par exemple, le chien veut sortir vous lui fermez la porte au nez = vous punissez sa prise d’initiative. Est-ce vraiment ce que vous voulez ? 
  • Enfin, j’aime éduquer les chiens avec bienveillance : je suis convaincue que c’est le plus efficace pour vivre en harmonie avec son ami à 4 pattes. Or dès lors que l’on ne respecte pas les émotions du chien, que l’on provoque sciemment des émotions déplaisantes sous couvert d’éducation, on n’est plus, selon moi, cliquez ici pour lire ce qu’est, selon moi, de l’éducation positive.

Personnellement, j’estime qu’on ne devrait jamais chercher à punir un chien surtout si on ne lui a pas préalablement appris le bon comportement. 

Créer la frustration pour apprendre à la gérer, pour moi ça n’a pas de sens et j’irai même jusqu’à dire que c’est contre-productif. En effet, dans le travail classique des autocontrôles, on provoque, parfois, l’effet inverse à celui escompté. Au lieu d’avoir un chien qui se contrôle mieux on crée un chien qui bondit, plus tard mais qui bondit quand même.

Si je reprends l’exemple de la gamelle : votre chien, s’il parvient à se contenir, ce qui n’est pas certain, risque de se précipiter plus fort une fois qu’il a l’autorisation de manger.

Cette manière de travailler les autocontrôles crée une sorte d’effet ressort : le chien se comprime mais fini par exploser. Sans parler du fait que vous risquez de favoriser des problèmes de garde de ressources. La nourriture est difficile à obtenir, elle a une grande valeur pour votre chien qui peut avoir tendance à la garder fermement.

Mais alors, comment faire ?

Une nouvelle manière de travailler les autocontrôles

Du coup, je vous recommande de travailler les autocontrôles autrement :

  • En créant une situation facile/en aidant le chien à produire le bon comportement
  • en récompensant ce bon comportement
  • surtout sans créer de frustration 

Au lieu de créer une situation dans laquelle je sais qu’il va se tromper, je mets tout en œuvre pour que le chien réussisse et soit donc récompensé.

Notez que c’est plus qu’une différence de méthode c’est une différence idéologique.

  • Dans un cas, je provoque l’erreur que je m’empresse de punir
  • Dans l’autre, je crée les conditions de la réussite pour récompenser mon chien.

Voici quelques exemples : 

  • La gamelle : plutôt que de relever la gamelle si le chien se précipite je vous conseille de descendre la gamelle tout en donnant des friandises meilleures.

Cependant pour certains chiens, l’exercice sera trop difficile au moment du repas, c’est trop excitant, la gamelle a trop de valeur. Donc, faites-le après qu’il ait mangé une bonne partie de sa ration, à un moment où il n’a pas particulièrement faim. Vous pouvez lui donner des choses tellement bonne que sa gamelle ne présente plus tant d’intérêt si elle ne contient qu’une ou 2 croquettes.

  • la porte : récompensez le chien en même temps que vous ouvrez la porte afin de créer le comportement de rester près de vous tandis que vous ouvrez.

Pour être sûr que le chien va réussir : évitez de le faire lors de la première sortie du matin si c’est un moment particulièrement excitant pour lui. Faites-le plusieurs fois dans la journée alors même que votre chien n’est pas pressé de sortir.

Ainsi l’exercice est facile et votre chien apprend avec plaisir qu’attendre votre autorisation pour sortir est une bonne chose.

  • Le contrôle sur la main qui tient la friandise : demandez au chien de s’asseoir ou d’aller dans son panier, ou ce que vous voulez mais il doit avoir quelque chose à faire. Ensuite, approchez votre main : la vitesse dépend du chien, au début il faut aller assez vite pour éviter qu’il se lève s’énerve ou s’impatiente. Progressivement vous allez pouvoir ralentir la distribution. L’idée ici est d’apprendre au chien que c’est votre main qui approche de sa gueule pour lui donner les friandises.

Vous l’avez compris, le but est d’éviter de mettre le chien sous pression ce qui va limiter les risques qu’il explose. Toutefois vous devez faire attention à quelques points importants si vous voulez faire « du bon travail ».

Quelques règles à respecter pour que tout se passe bien

Le but en travaillant les autocontrôles est :

  • De nous faciliter la vie, puisque le chien apprend ce qu’il doit faire dans certaines situations du quotidien
  • D’améliorer notre relation puisque nous ne sommes plus tenté de nous fâcher dans ces mêmes situations
  • D’apprendre au chien à mieux maîtriser ses émotions fortes, pour pouvoir recevoir des amis sans qu’il leur saute dessus par exemple
  • De faire en sorte que le chien supporte certaines frustrations : comme ne pas saluer tous les chiens qu’il croise en balade ou courir après le chat qui passe

Mais, pour aboutir à ce résultat, il y a quelques précautions à prendre :

  • ne parlez pas : ne dites pas non, pas toucher, reste ou autre.
  • faites des séances très courtes pour un chien qui débute.
  • le taux de renforcement doit être très élevé: vous devez donner beaucoup de récompense pendant l’exercice
  • Si votre chien s’excite pendant que vous travaillez c’est que c’est trop difficile/long pour lui, arrêtez, vous ne voulez,s surtout pas qu’il s’excite
  • si le chien échoue 2 fois dans l’exercice, rendez le plus facile.
  • observez votre chien et les signaux de stress. Si vous en détectez cessez. Rappelez vous vous voulez le garder dans une émotion agréable. Pour en savoir plus sur les signaux d’apaisement je vous invite à regarder cette vidéo.
  • Terminez la session de travail par un jeu ou de la recherche selon le chien. Certains auront besoin de courir d’autres préfèreront utiliser leur flair. À vous de voir

Bien sûr, si vous avez un chien excité, réactif, chasseur… le travail des autocontrôles n’est pas le seul que vous deviez faire. D’ailleurs si vous voulez savoir comment avoir un chien plus calme au quotidien, je vous invite à visionner ma vidéo qui vous donne 7 conseils concrets pour y parvenir.

Et après ? Travaillons le renoncement.

Une fois que ce travail d’auto contrôle est bien avancé, j’aime faire travailler à mes clients ce que j’appelle le renoncement.

Il s’agit de la capacité du chien à renoncer à ce qu’il est en train de faire.

C’est selon moi quelque chose de vraiment important dans le travail des chiens excités, impulsifs, réactifs, chasseurs…

Exemple : votre chien creuse, il doit apprendre à cesser quand vous l’appelez. Même chose s’il joue avec des congénères…

Si vous avez des enfants vous savez combien ce genre de situation est difficile. Je me rappelle quand mon fils était petit et que nous allions à l’aire de jeu, il ne voulait pas descendre du toboggan pour rentrer à la maison !

Et pour le chien c’est la même chose. Cesser une activité dans laquelle il se fait plaisir est très dur et demande donc un entrainement. Ainsi si vous faites en sorte que cesser soit copieusement récompensé, il va non seulement y arriver, mais encore, il va aimer ça !

Ce n’est plus de l’auto contrôle puisque vous lui demandez quelque chose. Mais avouez que c’est cool ?!

Évidemment, je vous déconseille de commencer par des choses difficiles (or c’est souvent ce que l’on fait sans même s’en rendre compte).

Lorsque votre chien joue, si vous ‘appelez alors que votre rappel est médiocre, vous allez droit dans le mur. Mais si vous voulez pouvoir y arriver un jour vous pouvez mettre en place certains exercices. Voyez les situations où il n’aura pas de mal à cesser ce qu’il est entrain de faire.

Par exemple : 

  • votre chien se fait caresser par quelqu’un depuis un petit moment, il est quelque peu « rassasié », c’est le bon moment pour l’interpeller et l’inviter à vous rejoindre pour jouer. De cette manière, cesser est facile et largement récompensé.
  • votre chien joue avec un autre chien, il commence à se lasser, c’est le bon moment pour le rappeler et le récompenser. (À vous de voir ce que sera la bonne récompense pour votre chien à ce moment-là)
  • Il joue avec un jeu d’intelligence difficile et n’y arrive pas très bien, si venir lui procure des friandises meilleures et faciles d’accès il y a peu de chance qu’il hésite.
  • Etc…

Vous l’aurez compris l’idée est que renoncer soit agréable, payant.

De cette manière, l’émotion liée à cet apprentissage est agréable et non de la frustration comme souvent. 

Rappelez-vous que plus vous allez frustrer le chien, moins il va aimer l’exercice, plus il risque de bouillir intérieurement. Ce qui est totalement contraire à ce que l’on veut.

En résumé, pour travailler le renoncement il faut :

  • commencer par lui demander d’arrêter quelque chose de facile à un moment où il n’est pas excité.
  • mettre en laisse ou en longe pour faciliter les choses éventuellement
  • attirer le chien si nécessaire.
  • être très généreux dans vos récompenses
  • augmenter la difficulté progressivement 

Tous les chiens devraient apprendre à se contrôler dans certaines situations. Tous les chiens peuvent y arriver à l’aide d’un travail structuré et régulier.

 Toutefois, certains chiens ont plus de mal que d’autres. Dans ce cas, ne prenez JAMAIS ces exercices pour acquis, vous devrez certainement les travailler tout au long de la vie de votre chien régulièrement en dosant la difficulté.

C’est ce que je fais avec mon chien Wali. Très impulsif, chasseur et potentiellement réactif sur ses congénères. Toutes les fois où j’ai cessé de travailler les autocontrôles sur plusieurs semaines, j’ai eu à déplorer des comportements gênants : courir après un chat, aboyer après un chien, foncer vers quelque chose d’anormal, hésiter à revenir…

Travailler les autocontrôles comme je vous l’explique ici, est ce qui va vous permettre d’apprendre à votre chien à se maîtriser, à patienter, sans qu’il s’en rende compte et surtout sans effort, ni frustration, sans risque d’en faire une bombe à retardement.

Votre relation est intacte et son plaisir à travailler avec vous également puisqu’il réussit, comprend et fait avec plaisir. Pourtant son comportement va changer progressivement au fur et à mesure que vous ferez ces exercices.

Alors, Prêts à changer votre façon de travailler ? N’hésitez pas à partager votre expérience en matière d’autocontrôles dans les commentaires, et à me dire ce que vous avez changé.

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